Votre équipe est un cabinet ministériel ou une dream team ?

L’actualité nous offre un cas d’école fascinant en matière de recrutement. Peu importe le bord politique : observer la composition d’une équipe présidentielle nous en dit long sur ce qu’est (ou n’est pas) un recrutement efficace.

Le piège de la loyauté avant la compétence

Quand on recrute, on a tous ce réflexe : chercher quelqu’un qui nous ressemble. Qui pense comme nous. Qui dira « oui » sans rechigner.

C’est rassurant. C’est confortable. C’est catastrophique.

Regardez n’importe quelle administration qui tourne en rond : vous y trouverez une équipe recrutée sur la loyauté personnelle plutôt que sur la complémentarité des compétences. Des gens qui acquiescent en réunion. Qui ne contredisent jamais le chef. Qui exécutent sans questionner.

Résultat ? Une pensée unique. Des angles morts gigantesques. Et un pilotage à vue.

Ce qu’un recrutement efficace n’est PAS

Un recrutement efficace, ce n’est pas :

  • Cloner le décideur en 10 exemplaires
  • Recruter des experts dans UN domaine en espérant qu’ils sachent tout faire
  • Privilégier l’allégeance sur l’expertise
  • Confondre « culture fit » et « pensée unique »

Quand votre comité de direction peut être remplacé par un seul cerveau, vous avez un problème de recrutement.

Ce qu’une vraie équipe performante exige

Une équipe qui fonctionne vraiment, c’est d’abord de la complémentarité.

Le visionnaire qui voit loin mais qui a besoin de quelqu’un pour exécuter. L’opérationnel brillant qui a besoin de quelqu’un pour donner du sens stratégique. Le financier rigoureux qui tempère l’enthousiasme du commercial. Le créatif disruptif que le juriste empêche de franchir la ligne rouge.

Ce ne sont pas des gens aux ordres. Ce sont des gens aux commandes de leur domaine, qui se challengent mutuellement.

Les 3 piliers du recrutement efficace

  1. La compétence spécifique prime sur la polyvalence vague

Stop aux moutons à 5 pattes. Recrutez quelqu’un d’exceptionnel sur UN truc précis. Quelqu’un qui en sait 10 fois plus que vous sur son domaine.

Votre directeur financier doit être meilleur que vous en finance. Point. Pas besoin qu’il soit aussi bon commercial, bon communicant, bon en stratégie. Juste exceptionnel sur sa partie.

  1. La diversité cognitive n’est pas négociable

Une équipe homogène, c’est une équipe aveugle.

Vous avez besoin de profils qui ne pensent pas comme vous. Qui ont des parcours différents. Des références culturelles différentes. Des façons d’aborder les problèmes différentes.

Les meilleures décisions émergent de la friction entre des points de vue opposés, pas du consensus mou.

  1. Le désaccord constructif vaut mieux que l’obéissance

Si personne dans votre équipe ne vous contredit jamais, vous n’avez pas une équipe. Vous avez une cour.

Les meilleurs collaborateurs sont ceux qui osent dire « je pense que tu te trompes » quand c’est nécessaire. Qui défendent leur point de vue avec des arguments. Qui vous font douter de vos certitudes.

Le test ultime de votre recrutement

Posez-vous ces questions :

  • Si je quitte la salle, est-ce que mon équipe continue à fonctionner ou attend mes ordres ?
  • Mes N-1 me contredisent-ils régulièrement en réunion ?
  • Ai-je déjà changé d’avis suite à un argument d’un collaborateur ?
  • Chaque membre de mon équipe est-il objectivement meilleur que moi sur son domaine ?

Si vous répondez « non » à ces questions, vous n’avez pas recruté une équipe. Vous avez recruté des exécutants.

Ce que l’histoire nous apprend

Les administrations qui ont marqué l’histoire ne sont jamais celles composées de yes-men. Ce sont celles où des personnalités fortes, avec des visions parfois contradictoires, se sont affrontées de manière constructive.

Les décisions les plus catastrophiques viennent toujours de bulles où personne n’ose contredire le chef.

En entreprise, c’est pareil. Les boîtes qui explosent sont celles où un PDG s’entoure de clones. Celles qui durent sont celles où le CODIR ressemble à un débat permanent… qui aboutit.

La vraie question

Vous recrutez des gens pour qu’ils vous disent oui, ou pour qu’ils vous aident à prendre les meilleures décisions ?

Parce qu’entre une équipe loyale et une équipe compétente, il faut choisir.

Enfin non. Il ne faut pas choisir. Il faut recruter des gens à la fois compétents ET capables de loyauté… envers la mission, pas envers votre ego.

Votre dernière recrue : recrutée pour sa complémentarité ou pour son alignement ?